​Kébert Bastien signe son 3e album studio baptisé « Ecole Nord-Mâle »

Posted on December 30, 2017, 3:43 am
8 mins

Le chanteur engagé Kébert Bastien de son nom d’artiste KEB, a signé son 3e album à Kay Herman (Rue Nicolas, Port-au-Prince) le vendredi 29 décembre 2017. Après l’opus Merde duquel se dégageait une kyrielle de revendications sociales et Pwennfepa, son 2e, pour rappeler les conséquences de l’occupation américaine en Haïti, l’artiste KEB s’en prend radicalement au système éducatif haïtien avec « Ecole Nord-Mâle ».

Comme à l’accoutumée, des dizaines d’étudiants de l’Université d’Haïti ont fait le déplacement pour supporter la voix qui symbolise/traduit leurs revendications dans la presse locale. Bien que cette voix soit censurée dans certains canaux de masse, critiquée de façon acerbe par certains journalistes qui se disent Leaders d’opinion, la muse de KEB crève le mûr de l’insolence, de la corruption, de l’inégalité sociale mais surtout de cette éducation à double vitesse. Consciente de l’importance des obstacles obstruant la voie à la musique revendicative de KEB, une bonne frange de la communauté estudiantine choisit comme alternative les médias sociaux pour continuer à mener cette lutte.

KEB qui chante MERDE, TIKONKONM, BOS MARCEL, PALÈ NASYONAL, CHARLEMAGNE PAÉRALTE… mesure la dimension de la lutte en bravant la menace d’un petit groupe qui tente à maintes fois de lui faire taire en nous offrant cette œuvre des plus spirituelles, qu’est ÉCOLE NORD-MÂLE.

Dès 5h PM, les amis, les proches et les camarades de combat de KEB se massaient autour du bar à la rue Nicolas en écoutant quelques une des tubes qui dérangent des personnalités politiques, des membres du rectorat de l’UEH, des figures de la presse parlée et le CORPS GROUP.

Avec 300 gourdes, les inconditionnels fans de KEB ont eu droit à un (1) CD, des selfies avec l’artiste ainsi qu’à un concert en début de soirée.

KEB confie à Mag Haïti que l’idée de ce projet a pris naissance au moment où il préparait son mémoire de sortie à la Faculté des Sciences Humaines. Alors qu’il abordait le cadre conceptuel et théorique, le rectorat a décidé de l’expulser de l’UEH avec quelques camarades de lutte suite après plusieurs mois de contestations et de turbulences au sein de cette entité de l’UEH qui a vu briller de très belles têtes à l’instar du Prof. Janil Louis Juste. « Après mon expulsion, j’ai décidé de transformer chaque chapitre de mon projet de sortie en chanson. Je ne prétends pas cerner tous les problèmes du système éducatif haïtien mais je dénonce ce que représente l’école en Haïti, qui a une vision endocentrique, dans lequel le mal domine la femelle et favorise les plus riches », affirme l’originaire du Nord-ouest.

« Ce système n’aide pas les plus vulnérables. Bien que les parents fassent des sacrifices énormes pour confier l’éducation de leurs enfants à des écoles congréganistes, ces élèves ne sont pas fiers de leurs ascendants » continue-t-il.



« Moi, j’observe le système éducatif en 3 étapes: 1. Niveau kindergaten, dans lequel je dénonce  la méthode Montessori qui fait évoluer les enfants de manière individuelles tout en favorisant une perte d’identité. Les tableaux et les autres outils d’apprentissage ne sont pas adaptés à nos enfants, ce sont des jouets importés. 2. Niveau classique, à cette étape j’observe l’échec scolaire et  la mercantilisation des écoles, les plus vulnérables n’ont pas droit à une bonne formation. Les professeurs ne sont pas recyclés, problème de nourriture, de centre de recherches et de documentations, de transportation…  3. Niveau universitaire, j’observe les problèmes structurels de l’Université depuis 30 ans; nos facultés produisent des professionnels pour les autres pays. Un groupe d’individus a pris le contrôle de nos facultés et font la loi », raconte l’interprète de palè nasyonal.

Ecole Nord-Mâle pointe du doigt les écoles protestantes catholiques qui donnent, selon lui, une éducation qui n’est pas compatible au pays. Il exprime clairement son mécontentement dans la chanson « Fèmen lekòl », dans laquelle il dénonce l’inégalité sociale qui ronge le système éducatif:

« Si gen yon lekòl kap mare konprès fè zanfan yo gen la gwòstèt 

Son lekòl kap enfekte lespri, bay vitamin ouvè lekò…

Si yon lekòl kache dèyè vwal, apran n pitit nou sovkipe

Kouman pou n pa pwodwi ti vòlè ti asasen nan yon sosyete

An n fèmen lekòl yo, fèmen lekòl frè yo, ouvè prizon yo… »

Kébert dénonce les faiblesses du Ministère de L’éducation Nationale et de la Formation Professionnelle dans l’inégalité des écoles, ce qu’il considère comme une politique de discrimination sociale, le machisme dans les écoles protestantes catholiques et la problématique de la langue. La chanson « Jean Paul II » est dédiée directement au MENFP qui pour lui, est responsable de toutes ces déviances.

« Pa gen lekòl ase, sak gen yo prive

Kay mè pou zotobre, zanfan yo ap mande

Mwen m kriye o, ki wòl lekidasyon nasyonal»

Sur ce disque logent 13 morceaux au total, écrits par KEB lui-même et corrigés par ses camarades de combat. L’album a été produit sous la direction de Milo Eliacin au Canada; quelques chansons ont été produites par Tizon Dife Recordz de BIC.

Kébert Bastien considère ce nouveau disque comme une suite logique des deux premiers. Cet album devrait faire boom carrément compte tenu de la finesse des textes, de la transversalité des sujets traités et par la voix engagée de ce nom que toute la presse n’a pas cessé de citer ces derniers temps. KEB !

Copyright © MagHaiti 2017

Twitter: @maghaiti

Instagram: @maghaiti

Facebook: @maghaiti

Commentaires

comments

Partagez sur les réseaux sociaux:
Journaliste - Photographe - Bloggeur - Webmaster - Fondateur de MagHaiti - Fondateur de Alolakay TV

Leave a Reply

  • (not be published)