​L’érotisme dans «San powèm pou Castera youn pou danmbala» d’Inema Jeudi

Posted on December 27, 2017, 2:13 pm
7 mins

Inema Jeudi, plus connu sur son pseudonyme Jeudinema, est poète et journaliste et a à son actif plusieurs recueils de poèmes dont certains sont publiés en Haïti et d’autres à l’étranger. «San powèm pou Castera youn pou danmbala», publié aux Éditions Ruptures, selon le poète André Fouad, «est un miroir où chacun peut se mirer» écrit-il sur la quatrième de couverture.

Jeudinema commence le livre en rendant hommage à l’éminent poète Georges Castera Fils.

« M anvi fè yon powèm souke kò l

Leve jipon bay pijon vole

Nan zaviwonn omaj

Pou jenerasyon souf

Ki demenaje

Pran wout lank

Vin konn Georges.» peut-on lire à la page 11 dans le poème «Verite Sou Tanbou» du recueil de poèmes «San powèm pou Castera youn pou danmbala» publié aux États-Unis aux Éditions Ruptures. Georges Castera Fils, pour témoigner son désamour envers un État méchant et irresponsable, a écrit:

«Kon m rete

M santi m ta fout Leta

On kout wòch.»

Jeudinema, pour sa part, tout en rendant hommage à ce dernier, a écrit:

« Anvan foli voye wòch

Wòch voye foli kase tèt Leta

À un moment où plus d’un sont en train de remettre en question la santé mentale de certains de nos dirigeants.

La poésie chez Jeudinema est un mode de vie.

«Metye m se fè kò sou vèb

Leve yo wotè tèt frape atè

Revolisyon pou fraz sevre

Grandi desann

Min nan fon

C’est aussi une façon de se libérer de ses déboires, dire ses inquiétudes, exprimer son amour pour le corps de la Femme tout en s’inscrivant dans une esthétique magistrale. Il y a dans sa poésie le sens de la fragilité, le choc et l’émotion. Puisque toute œuvre d’art est faite de chair, d’os, de sang et surtout d’âme

«Pye tout fanm ki prese

Chape nan karès mwen

Prentan refize m flè

Tout peyi jape langaj

Kraponnen mo […] Pwezi m fè laplanch

Tou pre nofraj.»
C’est Pierre Reverdy qui a dit que «Le poète, l’esprit du poète est une véritable fabrique d’images». Ce que Jeudinema comprend très bien. Avec son sens poussé d’érotisme, le poète fait du corps de la Femme et de tout ce qui va avec une source intarissable de plaisirs.

«Se lè w pye atè

M wè flè gen rasin

Desten pran elan tiraj osò

Soutyen w akouche

De boul chans nan men m».

Les seins de la Femme, souvent présents dans le livre, montrent l’obsession du poète pour eux. D’ailleurs, Jeudinema est l’auteur du livre intitulé «Archelle, le poème de ton sein gauche». Jeudinema, tout comme tant d’autres poètes, développe un rapport étroit avec le corps féminin dans sa poésie. Et si cette dernière était une façon pour le poète de compléter son insuffisance vitale ? Comme l’a si bien dit Fernando Pessoa: « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas.» À défaut de refuge, il y a toujours cette envie d’habiter les mots avec avidité.

Un anniversaire, ça se fête, mais quand ça se passe sous la plume d’un poète de la trempe de Jeudinema, c’est tout autre chose dans son langage qu’il a construit dans le langage, pour paraphraser Paul Valéry :

«Akolad temwanye

Chalè kò w s on solèy

Ki pat kouche vre […] Kòm demen se fèt ou cheri

Babay

Toutouni m pral tann ou

Nan papye kado

Il y a également dans le livre des questionnements sur le corps féminin qu’on ne saurait nier comme :

«Konbyen granri

Kè yon fanm genyen

Kot sant kò bay blokis

Pot dèy pou fidelite

Sèks bouke vomi lespri

Jan m pa konnen.» 

Une questions absolue, comme le dirait Jean Paul Sartre. L’auteur continue en affirmant:

«M pa jezikri

Pwent tete klouwe m sou kwa.»

Jeudinema a cette capacité de mélanger tout ce qu’il trouve sur le chemin de son imagination avec le corps de la femme, qui est pour lui un endroit de plaisirs par excellence, afin de donner un alliage de mille couleurs nuancées. Savourons le poème »Boul Sik» de Jeudinema :

«Jou soutyen bay gabèl

Otomatikman m anfas de peyi pre

Lesepase alevini se lang

Sans vwayaj la varye

Vèb souse m akselere

Lanmou pa gen fòs sèl

Cheri tande !

Menmsi parachit m fè konfyans

Se tout kò w

Anverite

Boul sik natifnatal

Pa fouti trangle m

Nenpòt lè gen eleksyon

Je fèmen tete w m ap vote.»

Nous pouvons dire que «San powèm pou Castera youn pou danmbala» est d’une sensibilité apparente où le jeu du poète est subversif.

Crédit Photo: Coutechève Lavoie Aupont

Inéma Jeudi est né en 1981, à Jacmel dans le sud d’Haïti. Il a étudié le droit et mène aujourd’hui une activité de journaliste, attaché à la section culturelle de la Télévision nationale d’Haïti.

Joubert Joseph

 

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