Après la disparition de Boulo Valcourt, Pipo St Louis est en rogne!

Posted on November 20, 2017, 11:33 pm
9 mins

 

IMMORTEL BOULO: LE MAPOU ÉTAIT DÉJA TOMBÉ, RADIOGRAPHIE D’UNE SOCIÉTÉ HYPOCRITE

La semaine dernière a été marquée par des rumeurs persistantes sur la mort éventuelle du chanteur engagé, Emmanuel Charlemagne aka “Manno”, rumeur qui heureusement se sont révèles fausse notre manno bien qu’il ne soit pas en grande forme est encore parmi nous et pour longtemps nous l’espérons,aussi est ce avec une certaine stupéfaction renforcee par l’espoir que c’était le “pale anpil” propre a nos concitoyens, depuis quelques temps, avec l’avènement des réseaux sociaux qui s’intensifiait sur un autre sujet que le 17 novembre 2017 plus d’un parmi nous accueillaient la mort de Boulo Valcourt qui malheureusement n’était pas une fausse rumeur.

Boulo Valcourt est né au Cap-Haïtien le 12 Février 1946. Chanteur et guitariste emmerite, sa carrière a débuté à l’age de16 ans. Sa première formation musicale ”les copains’’marque un tournant dans l’histoire de la musique haïtienne. A 18 ans il est parti pour le Canada où il fit des études en électronique et en aviation. il créa le groupe ”les Caraïbes’’ qui ne fit pas long feu. En 1971, de passage à New York, il intégra l’équipe qui allait former le groupe ”Ibo Combo’’. Cette formation connaitra un succès immense avec le fameux titre “la vi mizisyen”, l’un des plus grands classiques de la musique dansante haïtienne. Il retourne au bercail en 1975, il forma le groupe ”Horizon 75’’ qui, en fait, prenait une nouvelle approche musicale, cette formation ayant peut-être été la première expérience connue du jazz en Haiti. Deux ans plus tard il fut appelé comme chanteur et guitariste au sein du groupe ”Caribbean Sextet’’ où, avec Lionel Benjamin, ils formèrent l’un des plus beau duo de chanteurs de la musique haïtienne. Plus tard il mettra sur pied, successivement, les formations musicales Pikliz et Djanm. Il participera aussi au projet Haitiando qui connaitra un vif succès aussi bien dans le pays qu’a l’étranger.

En 1986 il remporte le 1er prix et reçoit une plaque en or au festival International de Troubadour à Curaçao, l’année suivante en 1987, il remporte le 2ème prix et reçoit une plaque en argent à ce même festival International de Troubadour. Quelques années plus tard, suite à la dissolution du Carribean Sextet, il réalisa le projet djanm qui malheureusement ne connaitra pas un grand succès.

Bref, je ne vais pas m’étaler trop longuement sur la carrière ou la biographie de Boulo, car plus d’un l’ont déjà fait à mon avis et je reste certain qu’il y a des détails qui, à coup sûr, resteront obscurs, le personnage ayant été un homme d’une modestie presque légendaire, d’une discrétion presque stupide compte tenu de sa dimension artistique énorme, très peu enclin à parler de lui même. Je voudrais m’étaler surtout sur les réactions en cascade qui ont eut lieu après la disparition du “mapou”…

Ces réactions pour la plupart m’ont fait sourire avec dépit, m’ont données envie de pleurer ou encore m’ont foutues en rogne. Je suis choque par cette capacité, de certain d’entre nous, à valoriser ceux qui on fait oeuvre qui vaille seulement après leurs mort, à récupérer des tragédies pour les transformer en opportunités à des fins personnelles. Cela me donne envie de gerber.

En effet, comment comprendre que des animateurs de radio, au devant la scène depuis plus d’une décennie, n’ayant jamais diffusé, ne serait ce qu’une fois, des oeuvres présentes ou passées de Boulo, fassent des émissions dédiés à sa mémoire. Le dernier opus de Boulo “Kem fem mal” ne date pas d’un an. A t’il bénéficie d’une large diffusion au niveau des stations de radio? la réponse est non. Nos superstars de la radio étaient-elles présentes à sa conférence de presse pour la présentation de ses dernières oeuvres? Pour la plupart, non. Ainsi, le mapou était déjà tombe, pour eux, bien avant sa disparition.

Heureusement que ce n’est pas le cas pour l’ensemble du pays où, Dieu merci, il y encore des gens, même s’ils sont minoritaires savent apprécier, honorer et valoriser les talents de certains dans leur dimension réelle.

Des funérailles nationales vont être organisées pour saluer son départ, des émissions de radio et de TV lui seront dédiées, des soirées spéciales seront organisées en son nom… Bizarre, vu que de son vivant cette société n’a presque eue aucune manifestation réelle d’affection ou de reconnaissance pour sa brillante carrière, les promoteurs de soirée spectacle ont rarement fait appel à ses services. Ses rares représentations avaient du mal à faire le plein, sans oublier les différentes stations de radio qui ne diffusaient ses oeuvres que rarement. il n’a jamais, à notre connaissance, bénéficie des largesses d’un quelconque sponsor. Pour parler plus simplement, si cela dépendait de la société haïtienne, ce grand bonhomme aurait eu du mal à nourrir sa famille et, qui pis est, aurait vécu avec la frustration de l’artiste maudit et de l’intellectuel incompris.

Comme lui, de nombreux artistes ont passé leur vie à rendre celle des autres plus agréable, moins frustrante. Qu’avons-nous fait pour eux? méritent-ils leur buste sur une place publique? Y-a-t-il un monument sur lequel leur nom est gravé? La poésie chantée par Boulo, qu’elle soit de lui ou de son complice Sito Cavé, est-elle étudiée dans nos écoles ou, acculturation oblige, ou on rabâche encore du Francois Violon et ou l’on se gausse de connaitre Prevert?

C’est sûr, les funérailles nationales, il y a droit. La question est de savoir si, nous, médiocres et hypocrites profiteurs et flagorneurs, avons le droit de l’honorer? Il y a eu Ti Paris, Webert Sicot, Gesner Henry (Coupé cloué), Ulrick Pierre-Louis, Roger Colas, Guy Durosier, Gerard Dupervil, Ansy Desrose, Moleon, Azor, Martha Jean-Claude, Toto Bissainthe, Lumane Casimir, Nemours Jean Baptiste, Ti Manno, Maurice Sixto, pour ne citer que ceux là dont nous continuons à exploiter la mémoire sans jamais vraiment leur rendre hommage comme ils le mériteraient.

N’ont-ils pas droit à leur musée, vu l’ampleur de ce qu’ils ont donné? Oserons-nous exploiter aussi indécemment la mémoire de Boulo? Rodrigue Milien, Joe Jacques, Carole Demesmin, Raoul Guillaume ou encore Manno Charlemagne, à leur mort, j’en suis certain, ils auront droit à la même farce. Halte la! Cette plaisanterie a trop duré.

Boulo, lui, a fait son boulot. Ne soyons pas ingrats. Ayons la décence de faire le notre !

Pipo Saint Louis, j’ai dit. Et comme a dit l’autre: SAK PA KONTAN……

Philippe Saint Louis
20 novembre 2017, Port au Prince, Haiti

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