De l’énergie durable pour combler des vides étatiques dans le Nord-ouest d’Haïti …

Posted on March 14, 2018, 10:21 am
11 mins

Faibles taux d’accès, services de piètre qualité, accès inégal des populations à l’électricité … Le système énergétique en Haïti est sujet à d’éternelles remises en question constituant un obstacle de taille à la réduction de la pauvreté dans un pays, pourtant à fort potentiel d’énergies propres. Face à ces limites, des acteurs non étatiques proposent des alternatives visant à utiliser des énergies renouvelables pour offrir de l’électricité à des populations marginalisées et oubliées des autorités de l’Etat.

 

 

Par Milo Milfort

Dans les foyers, l’électricité remplace les lampes nocives et dangereuses, réduit les dépenses en sources énergétiques (kérosène, bougies, recharge de téléphone, etc.) et permet de gagner un temps précieux en se substituant au périlleux travail manuel et à la quête quotidienne du combustible (du bois et de l’eau), une corvée globalement assurée par les femmes et les filles.

Depuis quelques années, la réalité sociale est toute autre au Môle St Nicolas, à Jean Rabel et Bombardopolis dans le département du Nord-ouest d’Haïti. L’énergie durable utilisée affecte positivement la vie de pas moins de 20 mille personnes – vivant dans des régions parmi les plus pauvres d’Haïti, constate Mag Haïti. Elles font partie de la petite minorité qui a accès à l’électricité abordable 24/7 dans un pays où ¾ de la population n’ont pas cette possibilité et où ceux qui l’ont – doivent faire face à un accès intermittent de 5 à 9 heures par jour.

La situation n’a pas toujours été telle.  Antérieurement, l’électricité était un luxe pour les populations du Nord-ouest qui vivent dans une région dotée d’un grand potentiel d’énergie renouvelable, ainsi que d’un potentiel inexploité des communautés à se développer.

« Avant l’arrivée de Sigora, ceux et celles qui le peuvent ont essayé de trouver tout seul une réponse au blackout qui y régnait. Les églises, les entreprises et les plus aisés se procuraient inverter, batteries, panneaux solaires et générateurs. Ceux qui ne peuvent se payer un tel luxe – privés d’énergie électrique- utilisaient une lampe à kérosène en guise d’éclairage en soirée », se rappelle Remy Julmisse, PDG de Radio Télé Jean Rabel (RTJR).

Le natif de Jean Rabel indique qu’il y avait de l’électricité dans sa contrée dans les années 80-90 de 10h à minuit, et après – s’ensuivaient des périodes de blackout. Ce, malgré la tentative d’implémentation d’un vaste projet d’électrification de l’ex-président René Préval lors de son 2e mandat- qui n’a pas abouti.

En Haïti, entre 25 à 30% de la population en zone urbaine et moins de 5% en milieu rural ont accès à l’électricité, selon des chiffres officiels. Dans la région Amérique Latine et les Caraïbes, le pays a le taux d’électrification le plus bas et le plus grand nombre de personnes sans accès à l’électricité – soit plus de 8 millions.

« Le coût est abordable.  Depuis l’électrification de plusieurs régions, les gens restent beaucoup plus tard dans les rues. Les radios fonctionnent 24 sur 24, pourtant avant elles ne travaillaient que 5h sur 24h. L’éclairage de la ville crée un climat plus sécuritaire. Et, chacun se transforme en commerçant », ajoute Julmisse client de Sigora depuis mi 2017.  Le responsable de média annonce l’ouverture d’une chaine de télévision prochainement sur la ville.

« Dernièrement, une coupure allant de 7h à 22h – a créé un climat de panique sur la ville car les gens sont déshabituées au blackout », dit-il. Il confie que des sections communales reculées n’ont toujours pas accès à l’électricité. Cette panne d’électricité a eu lieu, en raison de la maintenance requise du système.

Un client peut recharger son compte à partir de 25 gourdes. Il peut le faire, mais quelqu’un d’autre qui connait son numéro peut lui acheter des heures d’électricité. Avec 25 gourdes, le bénéficiaire doté de deux ampoules et des téléphones à recharger peut avoir de l’énergie électrique pour 24 heures.

La disponibilité de l’énergie électrique 24/7 a permis à des entreprises de cesser d’utiliser leurs générateurs diesel, dont beaucoup étaient surdimensionnés et mal entretenus. Dans les écoles et les cliniques, les travailleurs signalent des améliorations dans la prestation de services grâce à l’alimentation 24/7.

Un service cohérent est essentiel pour que les entreprises, grandes et petites, puissent prospérer. Les entreprises perdent en moyenne 5 à 15% de leurs ventes en raison de fréquentes pannes d’électricité. Ce chiffre s’élève à 20% pour les entreprises informelles incapables de se permettre la génération de secours, selon une étude menée par le  Groupe Dalberg, titrée « Améliorer l’accès à l’électricité par l’énergie renouvelable décentralisée, étude de cas politique », sorti en mai 2017.

Depuis qu’ils sont connectés à l’électricité fournie par Sigora Haïti, les vendeurs restent ouverts plus longtemps dans la nuit, prolongeant leurs heures de vente productives entre 3 et 5 heures par jour.

De l’énergie durable à la base ?

A la base de ces changements de conditions de vie et d’existence, l’arrivée de la compagnie Sigora Haïti qui produit de l’électricité grâce à une combinaison d’énergie solaire et de générateurs diesel, et qui ajoutera bientôt du stockage de batterie. Sigora exploite des réseaux hybrides qui tirent parti du vaste potentiel d’énergie renouvelable d’Haïti pour fournir une énergie fiable aux communautés qu’elle dessert.

« Avant Sigora, les élèves étudiaient à la lumière des bougies ou au kérosène, qui émettaient des vapeurs nocives, tandis que d’autres étaient obligés de quitter leur foyer pour étudier à la lumière des réverbères. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas », soutient fièrement Natasha Skreslet, directrice Impact et Communications à Sigora Haïti.

La compagnie a commencé avec un rêve d’électrification d’une clinique et est devenu aujourd’hui, un projet d’utilité verte à grande échelle. Cette société de services publics génère, distribue et vend de l’énergie directement au client final, et fournit de l’électricité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, propre, fiable et à un prix raisonnable à certaines communautés mal desservies en Haïti.

« Nous envisageons des communautés où les enfants peuvent étudier la nuit, où les adultes ont de nombreuses possibilités d’emploi et où les entreprises prospèrent », ajoute-t-elle.

De 2015 à date, Sigora Haïti – filial de Sigora International basée à San Francisco aux Etats-Unis – c’est 4 micro-réseaux, 4 000 connexions et 20 000 clients. Actuellement, sa capacité de production est de 1,25 MW. Une fois achevée la première phase du projet d’électrification du Nord-Ouest, la compagnie promet d’étendre son réseau à 136 mille soit 27 mille comptes. Ceci, avec une capacité d’énergie renouvelable de 3,5 MWp.

L’institution salue les initiatives du gouvernement du président haïtien Jovenel Moise visant à élargir l’accès à l’électricité.

« Nous sommes prêts à collaborer avec toutes les parties prenantes pour faire avancer cet objectif important », a dit Natasha Skreslet, admettant les avantages d’un système prépayé adopté par sa compagnie. Sans dépenses mensuelles minimales, même le plus petit client peut se permettre de se connecter, et les clients ne paient que pour ce qu’ils utilisent.

« Les énergies renouvelables- c’est l’avenir en Haïti. De nouvelles approches de services d’électricité qui exploitent les compteurs intelligents, l’électricité prépayée et les centrales solaires tiennent la promesse d’élargir durablement l’accès à l’énergie dans les zones précédemment mal desservies et non connectées du pays », termine Natasha Skreslet.

Selon la feuille de route pour l’énergie durable en Haïti sorti en novembre 2014, seulement 6 kilomètres carrés de panneaux solaires photovoltaïques seraient capables de produire autant d’électricité qu’Haïti produit en 2011. L’étude compare les coûts économiques et sociétaux du secteur actuel de l’électricité en Haïti et son développement habituel à celui des voies alternatives et conclut qu’Haïti bénéficiera énormément si elle s’appuie plus fortement sur les sources d’énergie renouvelables et moins sur les combustibles fossiles.

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