Dieuvela Etienne, 12 années d’expérimentation du «rara» au féminin!

Posted on July 26, 2017, 10:53 am
6 mins

 

Dieuvela Etienne

Cantonné pendant un temps au rang des musiques du ghetto, le « rara » est aujourd’hui repêché par de grands artistes qui contribuent largement à sa valorisation. C’en est le cas pour Dieuvela Etienne, metteuse en scène, opératrice culturelle, chanteuse, percussionniste qui a su construire une autre image du rara par ses créations, ses novations, sa persévérance et son savoir-faire. Ceci, dans une Haïti acculturée, en pleine crise identitaire. Énonçons ses principales interventions:

Elle fonde un atelier permanent de formation des femmes à la percussion

Sans aucune subvention, Dieuvela a su mettre en place et diriger un espace où des jeunes femmes sont formées gratuitement à la pratique des instruments de musique traditionnels haïtiens. La majorité des artistes de son groupe (Symbi Roots) ont découvert et dévoilé leurs talents à travers les enseignements qu’elle a offert avec la collaboration de grands maîtres de la percussion. Des femmes percussionnistes constituant d’autres bands ont également reçu leur baptême de feu dans cette école conviviale et expérimentale où la musique rime avec le développement humain;

Elle favorise l’éclosion de nouveaux talents

Si la plupart des groupes musicaux recrutent des artistes accomplis, Dieuvela, au sein de Symbi Roots, n’a toujours reçu que des volontaires. Elle reçoit toutes jeunes femmes désireuses d’expérimenter la musique au sein de cette bande sans exigence de parcours, de trajectoire artistique. Ce sont ses formations, ses directions, ses productions et ses encadrements qui construisent en grande partie les talentueuses artistes avec lesquelles elle évolue. Ce format démocratique d’accueil a offert une alternative aux femmes de toutes catégories sociales d’expérimenter la musique.




Elle brise les barrières de genre dans la pratique du rara

En effet, ce genre musical populaire très représentatif d’Haïti que nous appelons « rara » n’était interprété que par des musiciens hommes. En 2005, Dieuvela Etienne fait découvrir un rara composé exclusivement de femmes musiciennes, « drummers » et « cornettistes/ trompettistes » à la stupéfaction de tous. Ce groupe connu sous l’appellation « Rara Fanm » puis « Symbi Roots » continue d’exister aujourd’hui encore après 11 ans. Dieuvela a dû surmonter tous les obstacles liés aux discriminations sexuelles, religieuses, sociales, politiques, aux parcours et origines de ses artistes et a réussi à proposer une nouveauté dans le paysage culturel. Son exemple a déclenché d’autres formations rara au féminin et permet aujourd’hui à de nombreuses femmes musiciennes de rassembler fièrement des foules autour d’elles sur la place publique.

Elle réinvente artistiquement le rara

A travers Symbi Roots, son groupe, Dieuvela Etienne n’a cessé d’émerveiller ses auditoires par des mises en scènes inhabituelles du rara. Ses créations à la fois musicales et visuelles démontrent une quête esthétique moderne. Dieuvela demeure jusqu’à présent la seule à faire défiler ses musiciennes en aluminium sur un parcours carnavalesque dans des danses robotiques. Elle crée avec la complicité de Fabienne Emile, des chorégraphies et des pièces musicales les unes plus surprenantes que les autres. Elle fusionne les sonorités du rara à celles du jazz et du Hip Hop. Sur scène elle offre à voir autant qu’à entendre. Confronté à la créativité de l’artiste Dieuvela Etienne, le rara s’illustre sans faute dans le registre des arts de la scène et de la performance contemporaine.

Elle fait apprécier son rara féminin au sein de la petite élite culturelle

Le rara comme musique de rue ne bénéficiait pas du prestige attaché aux musiques de chambre et de salon. Du coup, on ne l’attendait pas sur le podium des centres culturels, majoritairement fréquentés par les snobes, les intellectuels et les privilégiés. Pourtant avec Dieuvela Etienne, nous retrouverons le rara sous de chauds applaudissements à l’Institut Français d’Haïti, dans les Alliances Françaises, à la Fokal, au Karibe Convention Center, au Club Indigo, au sommet mondial des maires, à la rencontre des Ministres Petro Caribe, enfin dans quasiment toutes les grandes rencontres et tous les lieux de culture du pays.

Elle promeut son orchestre à l’échelle nationale et internationale

Après avoir sillonné plusieurs villes et départements d’Haïti, Dieuvela a fait tourner son groupe aux Antilles, en France (Europe) et récemment en Floride (USA). Elle avoue que ce n’est jamais facile que ce soit au niveau du management, de la gestion des artistes, des collaborateurs et même de la création artistique. Mais elle reconnaît que son travail ne fait que commencer car elle entend conduire le rara partout dans le monde.

Cette femme cultivée aux multiples chapeaux, par son implication dans la promotion des arts d’inspiration vodou, participe pleinement au rayonnement de la culture haïtienne.

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