L’écrivain haïtien Anthony Phelps obtient le prix Carbet de la Caraïbe 2016

Posted on December 18, 2016, 11:45 pm
5 mins

 

« … Ô mon pays… si triste est la saison… qu’il est venu le temps de se parler par signe… »

 

Par Milo Milfort

anthony-phelp2« C’est  à un véritable monument de la littérature haïtienne que revient cette année le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde. Auteur d’une œuvre immense, poète et romancier, Anthony Phelps est avec René Depestre et Frankétienne l’un des grands aînés de cette littérature haïtienne par ailleurs si foisonnante en talents ».

C’est en ces termes élogieux que l’Institut du Tout-Monde a annoncé à Cayenne en Guyane, l’octroi du 27e Prix Carbet à l’écrivain haïtien Anthony Phelps pour l’ensemble de son œuvre témoignant entre autres « sa terre fébrile, son pays natal toujours rêvé et instituant la poésie comme oxygène de toute son existence, l’amour et la beauté comme fécondes inquiétudes ».

 « Je suis désolé de ne [pas]  pouvoir être présent parmi vous, pour recevoir le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout Monde. Ce Prix m’aurait permis de faire la connaissance de la Guyane et de son peuple et de participer à cette semaine culturelle. Je suis, à la fois, heureux et très fier de recevoir ce Prix », répond pour sa part Anthony Phelps dans un message de remerciements à l’endroit du jury, couronnant « un poète essentiel ».

Phelps rappelle qu’en 1967, au cours d’un voyage à la Martinique, qu’il a eu le plaisir de rencontrer Edouard Glissant. Selon lui, celle-ci a été une rencontre chaleureuse entre deux poètes, qui se connaissaient par leurs livres, et partageaient une même passion pour la Caraïbe.

« Cinquante ans après, par ce Prix, j’ai l’impression qu’Edouard Glissant m’ouvre sa maison de nouveau. J’en suis très touché », termine-t-il dans ce court message de remerciement. « Incorrigible féticheur, je continue ma lente marche de Poète ».




Selon le jury, les œuvres de l’auteur se trouvent enracinés tout en convoquant les paysages du monde, nonobstant l’exil, les dictatures, les souffrances, la lutte pour la liberté. Son œuvre, est faite de signes ambigus, de sable, de vent, d’eau et de feu chante l’amour, la liberté et l’éclosion des chairs incertaines.

Il rappelle que pendant les dures années de la dictature des Duvalier, des générations d’haïtiens ont lu, répété, appris les vers de cet immense poète ; que poète-soleil aux portes des banquises,  maître d’œuvres d’acier façonnées à partir d’éléments si simples et si élégants qu’elles nous entraînent dans les multiples secrets – imbibés d’imprévus et de mauvais souvenirs – de l’espace et de la réalité.

L’œuvre de Phelps, par ses qualités musicales et ses intentions éthiques, s’est tournée vers le beau et le mystérieux, vers « l’inconcision » et l’enfantement de rythmes nouveaux, vers des symboles qui repoussent au plus loin les raisons et qui récite à travers sons et lumières, une poésie transpercée de mots inquiets jusqu’à la jonction de toutes les choses.

Né en 1928, son nom est inséparable du mouvement “Haïti littéraire” fondé au début des années soixante avec notamment René Philoctète et Davertige, et qui représenta en pleine dictature duvaliériste à la fois un éminent pôle de résistance et un profond levier de renouvellement de l’expression littéraire et artistique haïtienne.

Le poète a payé cette liberté dans les prisons du régime de François Duvalier, avant de s’exiler à Montréal où il devient journaliste et développe une œuvre littéraire fondamentale. Sa célébrité est inséparable d’un recueil de poésie devenu tutélaire, Mon pays que voici publié en 1968.

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