Les maladies cardiovasculaires, ces fléaux qui habitent Haïti

Posted on November 29, 2017, 5:51 am
43 mins

Les maladies cardiovasculaires ne constituent nullement une priorité de santé publique alors que les habitudes alimentaires favorisant les facteurs de risque sont en pleine expansion. Il n’existe dans la pratique, aucun programme de lutte contre ces pathologies dans un pays où le budget de la santé est passé de 16.6% de 2004 à 4.4% en 2017.

 

Enquête réalisée par Milo MILFORT/ ENQUET’ACTION*

 

Haïti est en pleine transition épidémiologique. Pendant longtemps, les maladies infectieuses comme le Vih/Sida, la malaria, la tuberculose ont tué des milliers de gens. Depuis 2000, ce sont les maladies non transmissibles comme les crises cardiaques, l’Accident vasculaire cérébral (Avc), l’hypertension artérielle, le diabète et le cancer qui tendent à devenir les plus meurtrières, au point de s’imposer comme de véritables problèmes de santé publique.

Dans la pratique, elles atteignent de plus en de plus de jeunes. Pourtant, elles ne font pas partie des priorités des autorités sanitaires et donc sont traitées en parent pauvre. De jour en jour, les cas d’Avc ou stroke sont de plus en plus fréquents dans le pays.

Les maladies cardiovasculaires font partie des 10 premières causes de mortalité en Haïti. Elles sont responsables de 24% des décès et le diabète de 5%.

Le taux de mortalité standardisé selon l’âge pour les maladies cardiovasculaires est évalué à pas moins de 350 pour 100 mille habitants. Pour le diabète, il est environ 90 pour 100 mille habitants. Pire, la probabilité de mourir entre 30 et 50 ans de l’une des quatre principales maladies non transmissibles dont les maladies du cœur est de 24%, selon des données publiées en 2014, par l’Organisation mondiale de la Santé (Oms).

Dans le monde, elles sont responsables de plus de 17.3 millions de décès chaque année (soit 30% de la mortalité totale mondiale) et si des mesures préventives ne sont pas implémentées d’ici à 2030, ce nombre augmentera à 23 millions. Plus de 80% de ces décès interviennent dans les pays à revenu moyen ou faible comme Haïti, note l’Oms.

Aucun plan de lutte en application !

 « L’éducation est la clé d’un bon contrôle de ces maladies. Les gens doivent savoir à quel point il est important de maintenir un mode de vie sain, d’effectuer des exercices physiques, d’éviter l’obésité et d’avoir une alimentation saine », à en croire Docteure Biolkis Duvergel Perez, spécialiste en endocrinologie et cheffe de l’unité Endocrinologie du Centre haïtien d’investigation et de traitement avancé de l’Infertilité (Chitai). « Il est nécessaire que le patient consulte le médecin tôt parce qu’on sait qu’il y a des gens qui ont la maladie et qui n’ont pas été diagnostiqués et n’ont aucun traitement ».

Dans le Plan directeur de Santé 2012 – 2022 du ministère haïtien de la santé publique (Mspp), on évoque vaguement des stratégies de lutte contre les maladies cardiovasculaires. Celles-ci englobent : la sensibilisation de la population sur les facteurs de risque liés au diabète et à l’hypertension artérielle (Hta), la prise en compte des maladies non transmissibles, l’intégration de la prise en charge des maladies non transmissibles selon des protocoles appropriés à tous les niveaux de la pyramide de soins, la recherche opérationnelle sur le diabète et l’Hta, la capacitation des structures de santé à tous les niveaux de la pyramide sanitaire à faire leur dépistage.

Sauf que pour l’heure, tout cela est encore sur papier.

« En dehors des grands discours, rien de concret n’est fait. Les discours ont leur place, mais le plus important ce sont les actions. On entend des bruits pour le sida, pour le choléra mais pas pour les maladies chroniques. Au niveau de la Fhadimac, nous remplissons notre devoir civique. Mais les instances publiques concernées doivent faire un peu plus de bruit », lance le Dr Nancy Charles Larco, directrice exécutive de la Fondation haïtienne de diabète et des maladies cardiovasculaires (Fhadimac).

Dénonçant le manque d’implication des autorités, le Dr Larco ajoute : « L’État doit investir dans la prévention parce qu’il est plus facile et plus économique ». Le budget du Parlement est de loin plus élevé que celui de la santé. Ce qui représente pour elle un véritable problème. « C’est inacceptable !  Le budget et l’attitude des autorités prouvent que la santé est loin d’être une priorité », assène-t-elle.

Les dépenses des administrations publiques haïtiennes en santé sur la totalité des dépenses passent de 27% en 2000 à 22% en 2008, selon l’Oms. Et cela contribue à maintenir Haïti dans le peloton de queue des pays à faible développement humain, admettent les autorités haïtiennes elles-mêmes. file:///C:/Users/USER/Desktop/FR_WHS2011_Full.pdf

Une étude accablante sur les maladies cardiaques …

Depuis au moins une dizaine d’années, le principal motif d’admission au service de médecine interne de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (Hueh), concerne les maladies cardiovasculaires (Mcv) dans leur ensemble, dévoile le Dr Rodolphe Malebranche, interniste et responsable de la section cardiologie de l’Hueh. « Parmi celles-ci, le premier motif d’hospitalisation est l’insuffisance cardiaque », continue-t-il.

Celle-ci consiste en la défaillance de la pompe cardiaque et se manifeste au travers de l’incapacité des gens à effectuer des efforts en ayant tendance à étouffer. « L’insuffisance cardiaque est ce que l’on appelle un syndrome, donc une conséquence de la poussée d’autres maladies. Quand on a un malade qui a une insuffisance cardiaque, il faut chercher sa cause », dit-il.

D’ailleurs, c’est l’objet d’une étude élaborée entre autres par les docteurs Rodolphe Malebranche, Christian Tabou Moyo, James Robert Wilentz, Paul-Henry Morisset et Nernst Atwood Raphael de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (Hueh) publiée en août 2016 dans la revue internationale American Heart Journal. La première conçue et réalisée exclusivement par des médecins haïtiens. Car, dans la majorité des cas, les rares études faites à l’Hueh sont l’œuvre d’experts étrangers.

Cette etude titrée « Clinical and echocardiographic characteristics and outcomes in congestive heart failure at the Hospital of the State University of Haiti », a fait des découvertes surprenantes. Il est ressorti trois grandes causes de l’insuffisance cardiaque à l’Hueh. Environ 30% des patients admis au service interne souffrent de cardiomyopathie dilatée, 27.2% des maladies du muscle cardiaque comme la cardiomyopathie hypertensive et 20% de la cardiomyopathie du péripartum (maladie qui affecte des femmes jeunes qui accouchent).

Ces trois causes représentent à peu près 80% des cas.

« Dans les pays développés (Etats-Unis, l’Europe), ce sont les gens qui ont 70-75 ans qui souffrent de ce genre de maladie. Pourtant, la moyenne d’âge chez nous est de 50 ans », souligne Malebranche, ajoutant que le « taux de décès lié à l’insuffisance cardiaque est important voire assez élevé ». Pour lui, les maladies du muscle cardiaque sont secondaires à l’hypertension artérielle (Hta). « Si la pression dans les artères est élevée, le cœur doit faire beaucoup plus d’efforts et commence par s’épaissir et ensuite, il se dilate. Par la suite, il devient incapable de faire son travail ».

« L’insuffisance cardiaque est devenue, au vu de sa fréquence, de sa gravité et de ses répercussions socio-économiques désastreuses, un véritable problème de santé publique en Haïti et ne peut plus laisser indifférents les responsables sanitaires du pays. Une stratégie préventive visant un meilleur contrôle de l’Hta et du diabète notamment doit  être élaborée et implémentée. De même une stratégie efficace, visant une prise en charge (diagnostique et thérapeutique) efficiente des cas de plus en plus nombreux d’insuffisance cardiaque chronique et prenant aussi en compte les ressources tant humaines que financières limitées du pays, doit être conçue », lit-on dans le document.

Par ailleurs, l’étude révèle une « nette prédominance féminine », qui « semble être par contre une singularité haïtienne, contrastant non seulement avec les données nord-américaines et européennes, mais aussi avec les données africaines ».

Pour la cardiomyopathie du péripartum, la maladie des jeunes femmes qui enfantent et quelques semaines après, se présentent avec le cœur qui se dilate et devient défaillant, des interrogations persistent, explique Dr Malebranche. « Pourtant, c’était des femmes en très bonne santé et pour qui l’accouchement se passe bien », dit-il, admettant que la femme qui a eu beaucoup d’enfants est plus exposée et que les jeunes femmes 15-16 ans qui accouchent ont plus tendance à développer ces genres de maladies, de même pour les femmes très âgées.

Ainsi, les auteurs estiment qu’il serait important que d’autres études, en plus de la poursuite des investigations à l’Hueh, viennent confirmer ou infirmer cette prépondérance féminine.

« Le travail a été porté sur 247 patients, mais actuellement, nous suivons une cohorte collective de 1 000. Il y en a qui sont décédés », poursuit-il.

Une étude similaire a été faite à l’Hôpital Universitaire de Mirebalais (Hum) sur cette question spécifique de l’insuffisance cardiaque. Les données sont les mêmes que celles retrouvées à l’Hueh concernant les principaux motifs d’admission au service médical.

« L’insuffisance cardiaque est une cause fréquente d’hospitalisation en milieu rural en Haïti et  l’insuffisance cardiaque est accablante en raison d’une cardiopathie non athérosclérose affectant particulièrement les jeunes adultes », conclut cette étude titrée « Descriptive epidemiology and short-term outcomes of heart failure hospitalisation in rural Haïti », réalisée en 2015 notamment par Gene F. Kwan,  Waking Jean-Baptiste, Martineau Louine, Emelia J Benjamin, Joia S Mukherjee, Gene Bukhman, Lisa Hirschhorn. Ainsi, recommande-t-elle notamment, « la mise en œuvre de systèmes efficaces pour améliorer le diagnostic de l’insuffisance cardiaque ».

De plus, « les personnes [noires] ont une hypertension artérielle beaucoup plus sévère qui va évoluer vers la maladie cardiaque plus tôt que les patients américains ou européens qui sont d’[une autre ethnie] », relève Malebranche. Parmi les autres facteurs, il y a aussi l’hérédité et le stress. Les raisons de ces gros cœurs dilatés peuvent être des problèmes et carences alimentaires et vitamineuses, des virus qui attaquent le muscle et le détruit, un phénomène génétique.

« C’est triste de voir en si peu de temps, quelqu’un tomber malade aussi gravement. Il est entre la vie et la mort. On le regarde, le cœur meurtri sans pouvoir l’aider. J’ai peur. Je n’arrive pas à manger encore moins à dormir », se lamente Tarah Dumercy, 29 ans. Sur sa page Facebook, elle a publié quelques heures auparavant, une photo de son père, sous intraveineuse, torse nu, allongé sur le ventre et laissant entrevoir au dos, une plaie exsudative.

Agé de 57 ans, le père de Dumercy est hypertendu et diabétique. « Il a des plaies diabétiques, son corps est enflé et il souffre (en créole : Sik lan pete sou li. Kòl anfle epi lap soufri) », rapporte-t-elle. Cette association de maladies cardiaques a été révélée à la suite de la découverte d’un furoncle transformé en abcès douloureux qui a exigé la visite d’un médecin à force d’empirer. Il a été transporté d’urgence de Jacmel (Sud-Est) à Port-au-Prince vers un hôpital où il a reçu des soins et subi une opération évaluée à plus de 500 mille gourdes (environ 7 800 dollars américains), après avoir arpenté des hôpitaux sans médecins.

« Je n’avais pas le choix. La maladie pouvait le tuer. Le Bon Dieu a fait un premier pas et l’on attend le reste », dit-elle. Et d’ajouter : « Cette période-là – m’a permis de voir qu’il y a des hôpitaux qui sont faits seulement pour les bêtes ». Quelques mois plus tard, c’est une Dumercy soulagée qui revient sur les faits. « Comment ne pas remercier le Seigneur pour m’avoir fait sortir des souffrances endurées ? Je pourrais devenir folle si je n’étais pas forte. Merci ! La route commence par s’éclaircir! ».

Le père de Dumercy, en surpoids, fait partie des milliers d’Haïtiens et Haïtiennes surpris par les effets dévastateurs des maladies du cœur. Sa fille, au nombre des milliers de personnes – sous informées – qui ont souffert en raison de la mort ou de la maladie d’un proche, un ami, un membre de la famille ou un parent annihilé par un accident vasculaire cérébral (Avc), une crise cardiaque, l’hypertension artérielle et le diabète. Des fléaux qui habitent Haïti.

En 2008, la tension artérielle élevée était de 30% chez les hommes et 24.6% chez les femmes pour un total de 27.2%. Dès lors, 7.9% de la population était obèse. Soit 7.7% d’hommes et 8.1% de femme, selon l’Oms.

Les deux principaux facteurs de risque des maladies cardiaques chez nous sont : l’hypertension artérielle (maladi tansyon) et le diabète (maladi sik) qui prennent une place de plus en plus importante dans le paysage des pathologies en Haïti. La plus fréquente de toutes les maladies du cœur est l’hypertension artérielle.

Sur chaque 5 personnes entre 2 et 3 hypertendus à partir de 29 ans

Au moins 45% de la population haïtienne de plus de 29 ans est hypertendu, selon l’étude intitulée Prévalence du diabète et de l’hypertension en Haïti (Prediah) réalisée en 2003 par la Fondation haïtienne de diabète et des maladies cardiovasculaires (Fhadimac). Celle-ci note que l’hypertension s’est révélée un facteur de risque pour le pré diabète et l’intolérance totale au glucose. L’éducation élevée est associée à un risque plus faible de diabète chez les hommes.

« Un chiffre catastrophique », estime Dr Nancy Larco Charles directrice exécutive de la Fhadimac. La situation semble être pire. Un nombre élevé de la population n’est pas dépisté donc non diagnostiqué, sans tenir compte de la quantité dépistée qui néglige leur maladie. « Des programmes d’intervention pour prévenir et gérer simultanément le diabète et l’hypertension sont impératifs, et les stratégies de prévention par des modifications du mode de vie devraient être rentables », conseille l’étude.

L’hypertension artérielle est la première cause de mortalité parmi les adultes, selon le ministère haïtien de la Santé. Sa principale complication est l’accident vasculaire cérébral (Avc) appelé aussi stroke qui est devenu très fréquent ces derniers temps en Haïti en raison également du diabète et des modifications dans notre mode de vie. « L’avc est même plus fréquent que l’insuffisance cardiaque », souligne Dr Malebranche responsable de la section cardiologie de l’Hueh. Il représente une grande cause de mortalité et une cause majeure de handicap dans le monde. « L’insuffisance cardiaque ajoutée au stroke, représente les deux principales complications cardiovasculaires qui amènent les gens à l’hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti », ajoute-t-il.

La mortalité due à l’Avc est de 45% pendant la période allant de janvier à décembre 2012 à l’hôpital Bernard Mevs, selon ce que révèle le mémoire de fin d’études en vue de l’obtention du diplôme de Docteur en Médecine à l’Université Notre Dame d’Haïti, préparé par Max Bond Saint Val sous la direction du Dr Bernard Pierre. « Un nombre supérieur à la littérature internationale », note-t-il.

La totalité des décès surviennent durant les six premiers jours d’hospitalisation et près de la moitié des décès surviennent pendant les premières 24 heures d’hospitalisation. « Une prise en charge précoce de l’Avc constitue un élément essentiel pour faire diminuer la mortalité », a fait remarquer l’auteur qui critique aussi le fait que la grande majorité des patients victimes d’Avc ne bénéficient pas de séances de physiothérapie durant leur hospitalisation. « Cette différence peut s’expliquer par le taux de mortalité précoce qui est relativement très élevé chez notre population d’étude », nuance-t-il.

La prévalence de décès d’Avc représente à elle seule 6% du nombre total de décès enregistrés durant l’année 2012 à l’Hôpital Bernard Mevs. Cette étude a montré que l’hypertension artérielle constitue le facteur de risque le plus important et le plus fréquent tant chez le sexe masculin que le sexe féminin soit 86%, suivi par le diabète. « Le pronostic de l’Avc est sévère avec un taux de handicap élevé, un taux de décès important pendant les séjours d’hospitalisation et il y a que 5% des sujets qui se récupèrent totalement », lit-on dans le document.

« Le stroke peut être prévenu dans 80 à 85% des cas. Actuellement, on voit qu’il y a beaucoup de jeunes – âgés de 35 – 40 – 50 ans qui sont victimes de stroke. Ce qui pourrait-être évité », renchérit Dr Larco.

Une prévalence élevée de diabète en Haïti

A l’occasion de la Journée mondiale du diabète 2017, le 14 novembre dernier, le Dr Nancy Charles Larco, directrice exécutive de la Fhadimac, a invité la population à se faire dépister. Car,  la moitié des diabétiques ne savent pas qu’ils le sont. La pathologie touche tous les âges, particulièrement les adultes. Mais aussi, les moins de 30 ans y compris les enfants. « De plus en plus, nous à la Fhadimac nous trouvons des jeunes diabétiques, a dit Dr Larco. Maintenant les hôpitaux diagnostiquent plus de diabétiques. Donc, on trouve beaucoup plus de jeunes ».

En 2006, 52% des enfants en coma diabétique meurent à l’Hueh. D’où l’importance du diagnostic précoce et une prise en charge adéquate en vue d’empêcher l’apparition de ces complications.

Diminuer les amputations chez les patients diabétiques, tel est l’objectif de la clinique des pieds de la Fhadimac conçue depuis trois ans. « En Haïti, actuellement chaque semaine, on effectue trois amputations d’au moins un pied de personnes diabétiques. C’est un véritable problème (en créole : son gwo tèt chaje). Sur chaque 10 pieds, on pouvait empêcher l’amputation de 8 si certaines mesures comme les suivis médicaux en cas de blessures et les précautions à prendre quand on se fait couper les ongles avaient été prises en compte. Une blessure est un dérapage, une possibilité d’amputation », dit-elle.

Le diabète est une épidémie mondiale, mais qui, dans certains pays, attaque surtout les femmes en raison de certaines vulnérabilités. « Les inégalités socioéconomiques exposent les femmes aux principaux facteurs de risque du diabète tels que l’obésité, le mode de vie sédentaire, les mauvaises habitudes alimentaires qui permettent le développement de la maladie », reconnait Docteur Biolkis Duvergel Perez, responsable de l’unité Endocrinologie de Chitai.

L’obésité abdominale était fortement associée de façon indépendante au diabète et au pré-diabète chez les deux sexes, selon l’étude Prévalence du diabète et de l’hypertension en Haïti (Prediah) réalisée en 2003 par la Fhadimac.

« A cause de l’excès de poids chez ces patientes-là, les femmes sont donc certainement plus prédisposées au diabète et à l’hypertension. L’obésité ne vient pas seule. Elle arrive parce qu’il y a mauvais mode alimentaire et mauvaise qualité de vie en matière d’exercices. Avec l’obésité, ces maladies se développent plus facilement », complète le Dr Larco.

Le thème retenu pour la journée mondiale du diabète 2017 est : Les Femmes et le Diabète. Il y a plus de 199 millions de femmes atteintes de diabètes dans le monde et ce total devrait augmenter à 313 millions d’ici 2040. Il est la neuvième cause de décès chez les femmes à l’échelle mondiale et à la base de 2.1 millions de décès chaque année. Deux femmes sur cinq atteintes sont en âge de procréer, ce qui représente plus de 60 millions de femmes dans le monde. Les femmes atteintes du diabète ont plus de difficulté à concevoir et si le diabète est mal contrôlé pendant la grossesse, ce dernier peut engendrer des complications chez la mère comme chez le bébé.

Quand les deux maladies (diabète et hypertension artérielle) sont associées, comme c’est souvent cas, le risque n’est pas seulement additionné, mais multiplié. « La coexistence du diabète et de l’hypertension artérielle rend les patients plus vulnérables aux maladies cardiovasculaires qui ont un impact global important en raison de leur fréquence élevée de morbidité et de mortalité, de leurs complications et de leur coût social et individuel élevé », poursuit Docteur Biolkis Duvergel Perez qui maitrise les domaines relatifs au diabète, de la thyroïde et l’obésité.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 70 ou 80% des diabétiques meurent d’événements cardiovasculaires justifiés par le vieillissement de la population et le mode de vie malsain. « Le diabète incontrôlé et l’hypertension provoquent des altérations métaboliques favorisant le développement de l’athérosclérose et donc des maladies vasculaires plus fréquentes, plus précoces et plus sévères chez ces patients », ajoute Duvergel Perez.

Aux sources de ces fléaux : la misère …

L’invasion du marché haïtien par les produits internationaux a débuté dans les années 1990 avec le retrait d’une bonne partie des taxes sur les importations, imposé dans le cadre des programmes d’ajustement structurel de l’époque, mais aussi avec la politique internationale de Bill Clinton qui a choisi Haïti comme marché pour écouler le riz américain. Cette situation a fait chuter la production locale et a tout bonnement changé l’habitude alimentaire des Haïtiens et Haïtiennes.

Les gens cessent de consommer l’acassan le matin pour les corn flakes importés par exemple. La situation a changé même dans les provinces où les gens vendent du citron et des pamplemousses pour se procurer du jus en poudre.

Le pays était autosuffisant dans les années 60 – 70. L’insécurité alimentaire chronique qui sévit en Haïti depuis plusieurs décennies est le résultat notamment des dettes internationales d’Haïti envers le FMI et la Banque Mondiale, le délaissement des terres par les agriculteurs découragés, les catastrophes naturelles comme les ouragans et les inondations, les dérèglements climatiques comme la sécheresse et le phénomène El Niño, l’absence d’une véritable réforme agraire et la livraison des terres agricoles du pays par des gouvernements à de grandes compagnies internationales pour cultiver entre autres le caoutchouc poussant les paysans vers la migration forcée.

Selon des rapports publiés en 2017 par différentes institutions et organisations internationales, Haïti fait partie des 44 pays qui ont un niveau de faim grave dans le monde, figure dans la liste des pays où la nourriture quotidienne coûte très chère et comporte pas moins de 5 millions de personnes, soit 47% de sa population qui souffrent de la faim.

« L’état nutritionnel étant un déterminant du niveau de résistance des individus à toute forme d’infection, et l’alimentation un facteur primordial à l’adhérence à certains types de traitement, il est essentiel que cette problématique soit prise en compte dans toute démarche pour améliorer l’état de santé de la population haïtienne », lit-on dans la Politique nationale de santé (Pns).

Les Haïtiens et Haïtiennes consomment beaucoup de sel. La consommation de sel serait de 30 – 35 g alors qu’elle ne devrait pas dépasser 5 g selon l’Oms. Aussi, ils mangent très sucrés et leurs aliments contiennent beaucoup de graisse. L’autre problème est la conservation des aliments consistant à mettre des produits dans les salaisons pour les conserver. On le fait surtout pour pallier le problème d’énergie électrique auquel est exposé le pays. Un comportement qui fait augmenter la prévalence de l’hypertension artérielle, selon des spécialistes haïtiens.

« C’est énorme », confie Dr Nancy Larco Charles directrice exécutive de la Fhadimac, concernant cette forte quantité de sel consommé, ajoutant l’environnement et l’automédication comme autant de facteurs.

« Les cubes pour relever le goût des aliments constituent un poison », confie pour sa part Dr Malebranche. Elles deviennent indispensables pour beaucoup d’Haïtiens. Les médias ne rechignent pas à diffuser et en boucle les publicités vantant les prétendus méritent de ces produits. Aucun organisme public n’a pris position contre ces messages mensongers.

Le Dr Marie Danielle Dupénor de son côté, pointe du doigt, la consommation de graisse saturée chez les Haïtiens [Ce et surtout dans les fritures, le fait de faire frire l’huile à plusieurs reprises (une pratique fréquente)]. « Une alimentation riche en graisse très saturée augmente la concentration sanguine de cholestérol de 15 à 25%, spécialement quand ça s’associe à un gain excessif de poids (obésité) », dit-elle.

Par ailleurs, parmi les facteurs de risque pour développer le diabète figure, l’âge. Plus on avance en âge, plus on a la possibilité de devenir diabétique. Et si on a un parent adulte diabétique, on est encore plus prédisposé à le développer.

« Dans les facteurs de risque, certains peuvent être modifiés. Tels que : la façon de manger, le manque d’exercices physiques, l’excès de poids, la cigarette, l’utilisation abusive de l’alcool. Mais il y a d’autres qu’on ne peut pas modifier : On ne peut pas changer son âge et sa famille. Le stress est un facteur déclenchant qui est modifiable, puisque ça dépend de la façon de le gérer », prévient Dr Larco de la Fhadimac.

Les complications de ces maladies sont nombreuses. Par exemple, le diabète peut attaquer les yeux causant la cécité, les reins avec l’insuffisance rénale engendrant la nécessité de faire des dialyses, mais aussi les nerfs, les jambes, les vaisseaux au niveau du cœur, du cerveau et des membres inférieurs.

« En touchant les gros vaisseaux, [la maladie] augmente les risques de crise cardiaque et d’Acv. Le diabète touche les artères qui descendent dans les pieds, ce qui peut entrainer le pied diabétique puis l’amputation. Il peut entrainer le mal fonctionnement des intestins, un mauvais fonctionnement du cœur, et la diminution de la libido chez la femme et la virilité chez l’homme », continue Dr Larco. Donc, le diabète non traité peut affecter tous les vaisseaux qui apportent le sang particulièrement dans les organes.

Inverser la tendance ?

Il est possible de prévenir la majorité des maladies cardiovasculaires en s’attaquant aux facteurs de risque comme le tabagisme, la mauvaise alimentation, l’obésité, l’hypertension artérielle, le diabète et l’hyperlipidémie. Mettre un terme à l’expansion de ces maladies passe indubitablement par la lutte contre la sédentarité, le manque d’exercices physiques et le stress. Mais aussi, il s’agit de pousser les populations à changer radicalement leur façon de manger, qui passe catégoriquement par le bannissement pur et simple des cubes dans la diète, la réduction totale de la consommation de sel, du sucre et des graisses qui sont les principaux facteurs de risque des maladies cardiovasculaires en Haïti.

« Une consommation de sel de moins de 5 grammes par jour chez l’adulte contribue à faire baisser la tension artérielle et le risque de maladie cardiovasculaire, d’accident vasculaire cérébral et d’infarctus du myocarde », selon l’Oms qui ajoute que le principal avantage de diminuer l’apport en sel se traduit par une baisse correspondante de l’hypertension artérielle.

Il est prouvé que la réduction de l’apport en sodium à des niveaux inférieurs à la recommandation actuelle de 100 mmol par jour et le régime Dietary approaches to stop hypertension (Dash) riche en légumes, fruits et produits laitiers faibles en gras, chez les personnes avec et sans hypertension – abaissent tous les deux sensiblement la pression artérielle, avec de plus grands effets en combinaison que séparément. Les avantages à long terme pour la santé dépendront de la capacité des gens à faire des changements alimentaires durables et de la disponibilité accrue d’aliments à plus faible teneur en sodium, selon une étude d’un groupe d’experts internationaux sur des participants avec et sans hypertension, des Noirs et ceux des autres ethnies, et les femmes et les hommes aux Etats-Unis en 2001. 

Les maladies chroniques et dégénératives, on les a, toute sa vie. Il faut savoir les gérer. Comme ce n’est pas toujours le cas. « Le manque d’éducation est la raison qui explique l’incapacité des Haïtiens et Haïtiennes à lutter contre les facteurs de risque engendrant les maladies cardiaques. Il n’y a pas assez d’entités qui font l’éducation des patients et de leur parents », selon Dr Larco.

Une stratégie pratique et réelle de lutte contre les maladies cardiovasculaires réclame aussi la mise sur pied d’un centre moderne de Cardiologie en Haïti, une spécialisation universitaire en Cardiologie favorisant la formation de plus en plus de cardiologues, l’investissement dans les recherches médicales, la mise en place de centres de santé de proximité dotés de service de cardiologie dans les provinces, la lutte contre la pauvreté extrême, beaucoup plus d’investissements dans le domaine de la santé et l’application stricte et ferme des stratégies de lutte sur papier énoncées par les autorités haïtiennes.

Les maladies cardiovasculaires prennent corps dans la pauvreté, mais aussi l’engendrent.

 

* ENQUET’ACTION est un média en ligne d’investigation journalistique, de journalisme multimédia et de journalisme de fond, créé en février 2017 à Port-au-Prince et lancé officiellement en juin 2017. Axé sur le journalisme de qualité qui croit à un accès libre à l’information, il ambitionne de devenir une source d’informations indispensable pour les médias nationaux et internationaux, de même pour le public. Il est né de la volonté de renouer avec les fondamentaux du journalisme qui vise la quête de vérité afin de permettre à la presse de jouer véritablement son rôle de contre-pouvoir.

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