Peinture: Préfète Duffaut, une figure majeure de l’art naïf !

Posted on August 02, 2014, 2:05 am
9 mins

Dès ses premiers tableaux, il se révèle peintre. L’exceptionnelle originalité de l’œuvre de Duffaut, sa conception géométrisée et animée de l’espace urbain avait fait de lui l’un des créateurs haïtiens les plus connus sur le marché international.

Par Aljany Narcius

“On ne devient pas naïf, on naît peintre naïf ou on ne le sera jamais. C’est un don comme un autre et ça ne dépend ni de la profession, ni de l’âge, ni du sexe… Les œuvres des naïfs ne reflètent pas en général le peintre, l’homme; ce qui prouve une fois de plus que tout vient d’ailleurs… Il y a un mystère de l’art naïf, un mystère que l’on finira tôt ou tard par élucider; en attendant, je ne trouve rien de mieux à dire que ces gens sont habités. [Michel Monnin, carnets écrits entre 1975 et 1979 (inédits), Beaux-arts@«île en île»].

La tête haute, voilà déjà deux ans que le peintre Préfète Duffaut est parti. Pour tenter de réconcilier l’action et la pensée, un raccourci est bien nécessaire. Artiste mystique, influencé par la mythologie vaudoue, il ne savait parler qu’avec sa peinture qui faisait découvrir des figures alambiquées de son incomparable talent. Préfète Duffaut a surtout peint des ” villes imaginaires ” inspirées de Jacmel. Ses tableaux, souvent identiques, présentent de vastes passerelles joignant de hautes montagnes, où les hommes cheminent l’un après l’autre. Ses œuvres transposent, en somme, de belles images du milieu urbain.

Préfète Duffaut, une figure majeure de la peinture haïtienne, est né le 1er janvier 1923 à Cyvadier, un bourg, près de Jacmel, sur la côte sud de l’île. Il est mort le 6 octobre 2012 à 89 ans, à Port-au-Prince. L’artiste a souvent été qualifié, dans son enfance, d’enfant réservé et renfermé. Il a aidé son père, qui construisait des voiliers pour les pêcheurs, et qui lui a appris, en outre, le métier de ” charpentier marin “. Duffaut a reçu une formation académique chez les frères de Jacmel jusqu’à l’obtention de son certificat d’études primaires. Orphelin de mère dès sa jeunesse et de parents séparés à son adolescence, il abandonna les études secondaires pour se consacrer au dessin. Au fur et à mesure, se réveilla en lui l’amour de l’art naïf. Sa carrière principale fut vite devenue la peinture, et il est devenu l’un des peintres les plus cotés de l’art haïtien.

Début de sa carrière

Duffaut a commencé à peindre grâce à une intervention du ciel. Les songes qui l’habitent sont des avertissements sacrés. Il dit que sa carrière d’artiste a débuté à la suite d’une apparition de la Vierge Marie. Alors qu’il terminait un chantier sur l’île de La Gonâve, dans le département de l’Ouest, la Vierge lui est apparue en rêve, au sommet d’une montagne, et lui a demandé de peindre la ville de Jacmel. Toute sa vie d’artiste est issue de cette prémonition céleste, confie-t-il. Mais son premier tableau représenta une toile d’araignée.

Duffaut, un génie

L’artiste, le père du village imaginaire est plutôt chanceux. Un journaliste américain résidant à Jacmel, William Kraus, a envoyé quelques dessins de Duffaut à Dewitt Peters, qui venait de fonder le Centre d’Art à Port-au-Prince en 1944. Motivé par ce qu’il a vu, Peters délègue quelques artistes du Centre, dont Rigaud Benoit, à Jacmel, en quête de nouveaux talents. Le contact est établi avec Duffaut qui abandonne son ancien métier pour celui de la peinture. En 1948, Duffaut entre au Centre d’Art. Dès ses premiers tableaux, il se révèle peintre. L’exceptionnelle originalité de l’œuvre de Duffaut, sa conception géométrisée et animée de l’espace urbain a fait de lui l’un des créateurs haïtiens les plus connus sur le marché international.

Homme jovial et doué d’un extraordinaire enthousiasme, il a toujours refusé le vitalisme dans sa peinture. Duffaut était plutôt connu pour ses «lakous rêvés». Il a proposé une organisation urbanistique de ces villes imaginaires suspendues à l’horizon entre ciel et mer. Leur hardiesse déroute et captive à la fois. Ainsi, Duffaut est le réalisateur de La Tentation du Christ et Native Street Procession, dans le transept sud. Il a également apporté sa touche au théâtre haïtien. Quant à ses pièces célèbres, « La forteresse de la paix » et « Les trois femmes d’Egypte », elles restent particulièrement remarquables.

Il est vrai que Duffaut n’était pas du calibre de Philomé, de Castera et de Rigaud mais, il était en bonne position. Il a été choisi parmi les plus grands de l’époque pour participer à la fresque murale de l’ancienne cathédrale sainte Trinité de Port-au-Prince, avec Castera Bazile, Philomé Obin, Toussaint Auguste, Rigaud Benoit et Wilson Bigaud, réalisée en 1950, et détruite lors du séisme de janvier 2010.

Son parcours

En effet, il y a un Duffaut qui date des années 46, celui qui hésite. Il n’a pas encore trouvé des thèmes pour ses toiles. Le vrai Duffaut s’est développé au début des années 50. Entre 1950 et 1960, Duffaut peindra des tableaux avec des thèmes stables, comme les îles imaginaires et la Vierge. Préfète prophétise dans ses toiles l’éclosion des bidonvilles au flanc des montagnes en pleine explosion démographique. Vers les années 80, on retrouve un Duffaut avec encore plus de maturité. Quoique les thèmes soient restés identiques, le dessin et la couleur ont bougé. Ce sens de la couleur, du graphisme renforcé va donner une autre teinte, un autre sens à ses tableaux.

Actif depuis le début des années cinquante, l’artiste des villes imaginaires s’est taillé une belle réputation. Il est parvenu à forger un style inégalable. Il a réalisé beaucoup d’expositions dans plusieurs musées en Europe et aux États-Unis, sous la direction de plusieurs promoteurs de différentes galeries (musée d’ Art Haïtien, musée de Davenport dans l’Iowa, Waterloo Museum, musée d’Art moderne de New York, New Orleans Museum, Casa de las Americas de Cuba, etc.) L’artiste a ainsi acquis de profitables expériences.

 

Ville imaginaire

Source : uprising-art.com

Jacmel de mes rêves

Source : centrealcibiadepommayrac.org

Source : caraibeexpress.com

Préfète Duffaut

Source : potomitan.info

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