Transgenres haïtiens : Des étrangers chez eux ?

Posted on April 21, 2018, 10:15 am
32 mins

Transgenre. Le mot existe à peine dans le vocabulaire social en Haïti. Les minorités sexuelles et de genre commencent timidement à essayer de faire entendre leur voix. Mais pour les transgenres, la situation est particulièrement délicate. Tabous, hypocrisie, déni et confusion renforcent leur marginalisation alors que la loi ne les reconnait pas.

Yaisah Val, la premiere transexuelle haitienne connue. Credit Photo: Milo MILFORT

 

Enquête

« Je suis une personne ordinaire comme toutes les autres, comme tout le monde. Je suis une femme à part entière comme toutes les autres femmes. Avec cette seule différence : je suis une femme transgenre. Cela veut dire que je suis née dans un corps mâle, mais avec une identité de genre féminin ». 

C’est en ces termes que Yaisah Micaela Val, 45 ans, psychopédagogue haïtienne explique sa nouvelle vie. Elle affirme avoir retrouvé sa vraie identité en opérant une transition sexuelle, il y a maintenant plusieurs années.

Bien avant son changement de genre (homme vers femme), elle a eu deux copains, s’est mariée avec une femme et a eu deux enfants (un garçon et une fille) qui ont 15 et 18 ans. « Ça ne pouvait pas marcher. J’ai tout chambardé », confie-t-elle.

La problématique de la transidentité est une thématique encore taboue en Haïti. La transidentité résulte d’un décalage vécu entre le sexe physiologique et le genre psychosocial (identité de genre), selon l’Association Beaumont Continental (ABC), une instance française d’entraide et de soutien aux personnes transidentitaires.  « Ce questionnement identitaire n’est ni un choix, ni une orientation sexuelle, ni une pathologie », lit-on sur le site d’ABC. La notion de “transidentité” recouvre des termes tels que “transgenre”, “transsexualisme”, “MTF (Male To Female)” et “FTM (Female To Male)”.

Mal connue et totalement ignorée dans les études et par les médias, celle-ci est sujette à toutes les confusions et incompréhensions du monde.

ENQUET’ACTION s’est penché sur la question au travers de lecture de plusieurs dizaines de documents (lois, reportages, vidéos, rapports, notes, etc.) d’ici et d’ailleurs, une dizaine d’entrevues et des observations.

Ainsi, conçoit-il, un travail – le premier du genre –  foncièrement dédié à l’identité de genre et à la transidentité dans le contexte haïtien. Ce, afin de mieux aider le public à comprendre la question et lever le voile sur les réalités quotidiennes des personnes transgenres qui sont loin de former une communauté.

Le mouvement LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres et Inter sexe) serait à ses débuts en Haïti où il est connu comme la communauté des 5 M : Monkonpè, Makomè, Masisi, Madivin, Miks.

Peinant à se déployer véritablement, selon ses tenants,  il a besoin d’incorporer les différentes catégories de la population LGBT. Pour l’instant, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH ou HARSAH ou MSM) sont les plus visibles et plus actifs parmi les leaders de ce mouvement, selon le document titré Haïti – Une analyse contextuelle de la situation des LGBT en lien avec les droits humains et la santé, publié par COC Nederland en avril 2017.

« Les femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes [FSF ou WSW] commencent à se faire entendre. Les bisexuels n’ont pas une action autonome en tant que tel et il en est de même pour les transgenres », note le document qui révèle que parmi « les communautés LGBT », une partie est consciente de son rôle dans l’émergence d’un mouvement LGBT en Haïti.

Les LGBT évoluent dans une situation très précaire tant au niveau politique, économique, social que légal. « Ce n’est pas facile avec l’homophobie grandissante. Les homosexuels (gays et lesbiennes) sont très stigmatisés et violentés pour leur orientation sexuelle », reconnait Marjory Lafontant, directrice exécutive de Femmes en Action contre la Stigmatisation et la Discrimination Sexuelle (FACSDIS), une organisation qui défend majoritairement les droits des Lesbiennes, mais comportant quelques personnes transgenres. « On enregistre chaque jour des cas de violence ».

L’identité de genre confondue avec l’orientation sexuelle

Par identité de genre, on entend l’expérience intime et personnelle du genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance (cisgenres, transgenres, transsexuelles et inter sexes). Alors que, l’orientation sexuelle fait référence à la capacité de chacun de ressentir une profonde attirance émotionnelle, affective et sexuelle envers des individus du sexe opposé, de même sexe ou de plus d’un sexe, et d’entretenir des relations intimes et sexuelles avec ces individus (hétérosexualité, bisexualité et homosexualité). Deux choses différentes. Ces définitions sont avancées et partagées par différents défenseurs des droits des trans.

En Haïti, l’identité de genre semble être totalement confondue avec l’orientation sexuelle. C’est pourquoi tous les transgenres sont considérés comme des homos.

Cependant, dans la réalité on peut être transgenre sans être homosexuel. Un/une trans peut être homosexuel/le, bi sexuel/le, asexuel/le ou hétérosexuel/le. Le transgenre se veut être une identité de genre carrefour dans lequel on peut rencontrer diverses catégories de personnes. Ce qui sous-tend que le sexe est biologique, mais le genre est psychique et psychologique.

Ainsi une personne qui n’est pas transgenre est cisgenre. Cela veut dire qu’il y a conformité entre son identité de genre et son sexe biologique.

« Ils sont tout simplement ignorés et assimilés à des homos. Cette confusion/assimilation est due à leur passage/transition physique – le corps. C’est la seule chose que les gens peuvent distinguer dans une société où l’on confond genre et sexe. Je peux être de sexe mâle morphologiquement, mais mon genre peut-être féminin. Et là, je suis transgenre », clarifie Yaisah Micaela Val qui se définit comme défenseure des droits de l’homme, des droits des personnes LGBT, des travailleuses du sexe et femmes vulnérables d’Haïti.

Comme Yaisah, plusieurs Haïtiennes et Haïtiens depuis leur tendre enfance se sentent différents au niveau des goûts, des intérêts et des passions assignés au sexe de naissance. Donc, ils ne se sentent pas bien dans leur peau et défient tous les codes sociétaux liés au sexe de naissance.  

« Les cas de transgenres restent sous documentés. A part le fait qu’ils figurent dans le lot de la communauté, la transsexualité ne semble pas ancrée dans les pratiques haïtiennes. En tout cas, ils ne bénéficient pas des dernières publicités faites à la communauté LGBT.  Une communauté qui peine à s’imposer et à faire respecter ses droits tels qu’ils sont garantis par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et la Constitution haïtienne », note un rapport de Panos Caraïbe sur la problématique de la communauté LGBT en Haïti et à travers le prisme des médias, publié en juin 2017.

Etre transgenre en Haïti, un fardeau ?

Pour la majorité des transgenres, c’est une existence douloureuse car pour les parents, voir leurs enfants embrasser une identité sexuelle différente de leur sexe de naissance constitue un écart impardonnable à redresser par les menaces, la violence, ou tout bonnement le bannissement.

 « J’étais très efféminée. C’était un combat. Mon père me battait souvent du fait que je parlais comme une fille et du fait aussi que j’étais très pointilleuse. Ma maman me disait d’essayer de marcher comme un homme. A l’école, je ne pouvais pas sortir, j’étais obligée de rester dans la salle, même pendant la récréation. Pour sortir, c’était un combat. Aussitôt que je commençais à marcher, tous les gens me dévisageaient comme si j’étais inferieure … Les cours terminés, je sortais en courant. Je n’avais pas d’amis. Je ne pouvais pas m’exprimer. Quand je le faisais, tout le monde me regardait de travers », raconte la femme transgenre Wikenson Palemon qui se fait appeler Mikey, responsable au sein de la Fondation Serovie – la première organisation pro-LGTB en Haïti. Serovie est une institution qui appuie médicalement et psychologiquement ces communautés.

A cœur joie, celle qui fait aussi partie de PROGENRE HAITI – une organisation regroupant des transgenres – en hibernation depuis quelques années, a accepté de déballer sa vie qu’elle considère comme un calvaire. Parfois, on sent qu’elle a envie de pleurer, mais se garde de le faire. « C’est un enfer. Etre transgenre ou être homosexuel en Haïti, c’est comme porter un fardeau …. Une croix que l’on porte tout au long de sa vie. Un combat continu. Quand je marche dans les rues, tout le monde me dévisage comme si j’étais un étranger. J’ai dû abandonner l’université à deux reprises en raison des stigmatisations et discriminations des professeurs et des étudiants. Je me sens bien uniquement quand je suis en dehors du pays », ajoute –t-elle.

Page Facebook personnelle de Palemon

Rencontrée au bureau de la Fondation Serovie où tout un arsenal anti-VIH Sida est déployé, elle raconte que « beaucoup de transgenres ont dû abandonner le pays pour aller vivre en République Dominicaine, Argentine, Guyane et le Brésil », du fait que « la réalité haïtienne ne leur permette pas de vivre leur genre ». « C’est humiliant quand vos parents vous chassent de la maison », confie celle qui dit vivre au fond d’elle comme transgenre mais qui n’a pas fait certaines transitions en raison du poids énorme de la religion de ses parents et du rejet des transgenres par la société.

Ces personnes de sexe masculin sont vulgairement appelées : ponyèt kase, fo fanm (fausse femme), femèl gason (homme femelle), makomè (ma commère), foli fanm (femme illusoire). Celles de sexe féminin avec une identité foncièrement masculine : mal gason (mauvais garçon), nous relatent des transgenres. On les retrouve partout. Elles investissent des espaces traditionnellement féminines. Au centre-ville de Port-au-Prince, dans les marchés publics et dans certains quartiers populaires. Ce sont majoritairement des personnes nées dans un corps mâle qui se sentent de préférence femmes.

Elles font du commerce, vendent de la nourriture, pratiquent la danse et s’adonnent aux métiers comme la cosmétologie (coiffure, manucure, pédicure). Dans certains endroits, elles sont très connues. Ignorant ce qu’est véritablement la question, ces personnes catégorisées gay – acceptent l’étiquette sans riposter.

« La situation des personnes trans est beaucoup plus difficile [que celle des homosexuels très stigmatisés et violentés]. C’est compliqué parce que la question n’est pas encore bien comprise dans la société. Ce, même au niveau des LGBT», explique Marjory Lafontant de la FACSDIS.

« Les personnes transgenres vivent très mal et leur identité de genre n’est pas encore acceptée. Les gens les discriminent beaucoup. Ce n’est pas facile de faire changer le comportement de la société. C’est toute une autre idéologie qu’il faut apprendre aux gens. D’ailleurs, la question de lesbiennes et gays n’est pas facile à comprendre. Donc, c’est encore pire pour la question de transgenre ».

En Haïti, des transgenres ignorent qu’ils le sont, donc, se montrent incapables de coller un nom à leur situation. D’ailleurs, bon nombre ignorent même l’existence du mot transgenre et ce que cela implique.

« Le premier défi de la communauté transgenre, c’est qu’ils n’ont pas le vocabulaire pour dire : ‘’oui, je suis transgenre’’. L’auto-identification et le vocabulaire manquent.  Mais aussi, savoir qu’il y a une démarche médicale, juridique, légale qu’elles peuvent entamer », assure Yaisah. «Ils sont dans l’obscurité, mais sont nombreux, explique-t-elle. On en a dans toutes les classes et dans tous les niveaux. Celles qui peuvent se faire payer une transition médicale, le font ».

Kouraj est une association qui défend les droits des LGBTI en Haïti. Ce regroupement d’activistes a été « créé dans le but de mettre fin à l’inexistante politisation des homosexuels et transgenres en Haïti ». Au sein de Kouraj, il existe une cellule traitant spécifiquement des trans, à en croire la coordonnatrice adjointe de celle-ci, Hetera Saskya Caïla Esthimpil, une femme transgenre.

«Nous sommes très sensibles à cette question. Les trans occupent une place de choix dans la lutte pour le respect des droits au sein de Kouraj. Ce, du fait qu’ils sont un peu plus vulnérables et plus exposés aux discriminations. Une situation surtout liée à leur identité de genre qui n’est pas compatible à celle que la société essaie de leur imposer, mais aussi avec leur sexe de naissance », dit-elle.

Selon Hetera, c’est l’une des raisons pour lesquelles, presque chaque catégorie dans la communauté a une cellule au sein de l’organisation. « On a une cellule de lesbiennes, une dédiée aux trans et une autre pour les gays. On n’a pas encore une cellule de bisexuels. On a une cellule qui mélange un petit peu – on l’appelle LBT (qui a rapport avec les femmes) », déclare la militante des droits humains.

« La communauté trans ne bénéficie pas d’une large visibilité », reconnait-elle.

Dysphorie dans l’air ?

« Transitionner » ou faire la transition veut dire parcourir le chemin qui mène à vivre ou s’aligner sur son identité de genre. Donc, mettre fin à cet « état psychique généralement durable, marqué par la présence de sentiments d’insatisfaction, d’ennui, d’anhédonie, de mal-être diffus, de goût amer de la vie et de dépression », qu’est la dysphorie.

De la transition physique, Yaisah Val a fait la transition sociale (apparition publique – reconnaissance sociale de son genre, s’accepter, changer de prénom- assumer publiquement son véritable genre). Puis, la transition médicale, la troisième étape qui consiste en la prise d’hormones (mais aussi, la castration chirurgicale, la vaginoplastie), changer sa morphologie, les seins qui poussent et la peau qui changent. Et enfin en 2005, la transition juridique consistant à changer tous les documents.

Le déclic a eu lieu, en 2010, quand Yaisah a procédé à une opération de réassignation de sexe qui termine sa transition. « Cette transition entraine beaucoup de souffrances et de pertes. Tu perds des amis, ton passé, des opportunités en termes d’emploi. J’ai tout perdu pour me retrouver », résume-t-elle.  La grande majorité des transgenres haïtiens faute de moyens économiques notamment, ne parviennent pas à faire la transition médicale dans un pays où pas moins de 70% des habitants/habitantes vivent avec moins que 2 dollars américains par jour.

De plus, il est impossible d’envisager une quelconque transition juridique en Haïti, du fait que l’identité de genre n’est pas reconnue en tant qu’un droit, comme c’est le cas par exemple pour l’Argentine. D’ailleurs, aucune loi haïtienne ne fait mention de la notion d’identité de genre dans ses prescrits.

Entre autres défis que confrontent les transgenres figurent le regard de la société, les agressions, l’économie. « Sur le plan économique, c’est difficile. Travailler, s’assumer et fonctionner dans la société n’est pas une mince affaire », a dit Yaisah, ajoutant qu’elles ne sont ni tolérées, ni acceptées, « mais ignorées ».

Sur le plan social, les minorités sexuelles comme les minorités de genre font face à un ensemble de stéréotypes qui les mettent totalement à l’écart et en proie à des inégalités. Stigmatisations et discriminations font partie de leur quotidien. La discrimination basée sur l’identité de genre accroit la vulnérabilité à la dépression, à l’anxiété chez les victimes. Elle attise la violence, entrave l’accès à des services sociaux de base déjà compliqué pour une bonne partie de la population.

Pour sa part, Marjory Lafontant de la FACSDIS assure que c’est toute une dualité dans l’esprit de la personne qui se demande ce qui se passe en elle et pourquoi se sent-elle femme dans un corps biologique mâle.  « Et là encore, c’est un autre travail à faire dans notre société, expliquer à la personne ce qui lui arrive. Pourquoi, elle se sent différente. Ce n’est pas chose facile ».

Marjory Lafontant de la FACSDIS.  Credit photo : Milo MILFORT

Comme d’autres acteurs du secteur LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) en Haïti, elle dit souhaiter que le coming-out trans de Yaisah, va pouvoir aider d’autres transgenres à s’accepter et à s’identifier beaucoup mieux. « Je fais ce travail depuis 8 ans  et je n’ai pas encore bien assimilé tout l’effet qu’il y a dans l’identité de genre », reconnait-elle.

Identité de genre, expression de genre, dysphorie de genre, transgenre, identité sexuelle, théorie du genre, transsexualité et transidentité … Une panoplie de concepts à maitriser. D’où, une des situations qui expliqueraient la mauvaise compréhension de la question.

C’est aussi un sujet tabou. Pour une bonne partie de la population, quand il faut en parler, le gêne, l’esquive, la mauvaise appréhension et compréhension de la question s’installent. Le poids de la religion et de la tradition couplé à la peur empêche de se positionner.

« Leur droit doit être pris en considération. La société doit les accepter. Ce ne sont pas des inconnus. Ce ne sont pas des étrangers. Qu’on le veuille ou non, ils/elles sont là. Ce ne sont pas des extraterrestres. Ce sont des êtres humains qui font partie de la société et que nous côtoyons tous les jours. On doit les accepter et les encadrer. On doit faire une prise en charge pour cette communauté qui veut s’affirmer », plaide Marjory Lafontant de l’organisation Femmes en Action  Contre la Stigmatisation et la Discrimination Sexuelle (FACSDIS).

Construire une organisation défendant spécifiquement le droit des trans en Haïti, c’est le pari que veut tenter Yaisah Val – le processus est en cours. Celle qui désormais s’identifie comme une transsexuelle hétéro (une personne née avec un corps masculin qui a réalisé des opérations qui la rend conforme à son identité de genre féminin – attirée par les hommes), admet qu’on ne parle pas de la transsexualité en Haïti. Elle a toujours été hétérosexuelle, croit-elle. « J’ai toujours aimé les hommes en tant que femme (dans mon identité de genre)».

Elle est la première transsexuelle connue en Haïti. « Certainement, ils en existent d’autres qui restent dans l’ombre, de peur de se faire lyncher », insiste Yaisah sortie du placard après de nombreuses années de souffrance. « Tout le monde a peur. Les gens me disent que tu es folle, tu vas te faire tuer, attaquer et qu’Haïti n’est pas prête pour ça. Mais à un certain moment, je me suis dit, j’en ai marre d’avoir peur. Il faut vivre quoi ? ».

Cela fait deux ans et demi, depuis qu’elle s’est mariée en Haïti avec Richecarde Val, 26 ans, qui assume totalement la relation et qui la supporte. Son mari, travaille avec elle au sein d’une nouvelle organisation qui s’appelle – Action Communautaire pour l’Intégration des Femmes Vulnérables d’Haïti (ACIFVH), comme entre autres, défenseur des droits des personnes transgenres en Haïti.

Face à l’ignorance qui s’impose, l’ACIFVH se donne pour mission « d’éduquer le peuple haïtien sur l’existence des trans et d’accompagner les trans médicalement, psychologiquement et socialement dans leur processus de transition ». Ainsi, elle rejette toute idée de promotion comme le font croire certaines personnes. « On est né transgenre, on ne le devient pas », dit Richecarde Val en substance.

Présentement, l’organisation travaille avec neuf jeunes femmes trans rejetées de leur famille parce qu’elles ont commencé à faire la transition. « Nous prévoyons d’ouvrir une maison sûre pour elles, où nous pouvons leur offrir un abri et de l’accompagnement pendant leur processus de transition. De cette façon, nous pouvons les garder en vie et les sortir de la rue », confie Yaisah.

Richecarde était au courant de la transidentité de sa femme trois jours avant le mariage après avoir cohabité pendant plus de deux ans et demi.

« Ce n’était pas aussi facile. On sortait et cohabitait ensemble. Je n’avais aucune idée. Ce coming-out trans était un rêve. J’étais homophobe. Ma première réaction : De kisa wap pale ? J’ai pris mon ordinateur et fait des recherches. Je croyais que Google avait fait des erreurs. Puis, j’ai effectué des recherches sur youtube. J’ai observé une pause de 30 secondes. Je me suis dit, est ce qu’une information peut détruire des années de relation ? Je lui ai répondu : Pas de problème. Et la relation a continué ».

Richecarde Val – qui accompagne toujours Yaisah – affirme que sa décision a eu des conséquences désastreuses.  Il a perdu des amis, des proches, des partenaires économiques, du boulot, des collaborateurs. Par la suite, il a aidé sa compagne à briser ses chaines. « J’ai perdu des réussites pour sauver une femme que j’aime et d’autres personnes qui vivent une situation qu’elles ne maitrisent pas ».

Les enfants de Yaisah sont au courant de la situation et l’acceptent. Ses progénitures la considèrent comme leur mère et Richecarde – leur père. Richecarde accepte de ne pas avoir d’enfants. Tous deux se lancent dans la lutte pour la reconnaissance des transgenres en Haïti.

En attendant que la question de transgenre fasse son apparition dans les débats et discussions engageant l’avenir de la nation … en attendant que d’autres transexuels/lles fassent leur coming-out …  en attendant que l’on éduque beaucoup plus les gens sur ce que sont véritablement les différentes lettres du mouvement LGBT [Lesbiennes (Madivin), Gays (Masisi), Bisexuels et Transgenres] … les transgenres haïtiens réclament « la tolérance et le respect » , mais aussi et surtout, la fin « des jugements, et des discriminations ».

* ENQUET’ACTION est un média en ligne d’investigation journalistique, de journalisme multimédia et de journalisme de fond, créé en février 2017 à Port-au-Prince et lancé officiellement en juin 2017. Axé sur le journalisme de qualité qui croit à un accès libre à l’information, il ambitionne de devenir une source d’informations indispensable pour les médias nationaux et internationaux, de même pour le public. Il est né de la volonté de renouer avec les fondamentaux du journalisme qui vise la quête de vérité afin de permettre à la presse de jouer véritablement son rôle de contre-pouvoir.

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